







L’ancien monastère, écrin emmuré à proximité de la ville de Pise en Italie, transformé en musée d’histoire naturelle, abrite une collection hétéroclite fascinante dont les origines datent de 1596. L’institution, de 5 000 m2, accueille, outre des minéraux et des mammifères de toute sorte, la plus grande collection de squelettes originaux à taille réelle de cétacées d’Europe.
Suspendu à la queue leu-leu à même la charpente de la bâtisse d’origine, dans une pièce entièrement vitrée et baignée du soleil vif de Toscane, les cétacées semblent nager. Entourée d’oliviers aux feuillages argent, de cyprès en forme de menhirs, de pins parasol et d’agrumes chargés, qui moirent de leurs reflets les vitres. Les dizaines de monumentaux squelettes ivoire projettent aux heures dorées de l’aurore et du crépuscule des ombres effilées et massives au sol dans un entrecroisement de vertèbres, de côtes et d’énormes crânes et gueules dentées.
Le lieu jadis saint illustre la tension entre la nécessaire conservation de la mémoire des espèces, dans un lieu accessible au commun des mortels, et l’impétueuse urgence à créer des sanctuaires au vivant non-humain menacé. Isoler les espèces de la société de consommation qui puise frénétiquement dans les ressources naturelles et menace les espèces et les habitats. Promu dès l’industrialisation, il entraîne, dans le sillage de l’aire dite de l’holocène, la 6e extinction de masse…
La nature prend des allures de sacrée et de plus grande que soi, dont les reliques témoignent de sa complexité et de sa beauté.
— Par quel artefact, procédé rendre « sensible » ou perceptible, un territoire, un biotope (du grec ancien : bíos, «vie», et tópos, «lieu»), une
espèce ou un spécimen en voie de disparition?
— Quelle valeur ont les traces, les fragments, les reliques pour rendre compte d’un ensemble?
— Pourquoi faire devoir de conservation et de mémoire et de transmission de l’histoire si tout est mouvement?
— Comment représenter une entité non-humaine en voie de disparition?
— Qu’est-ce que l’art apporte à la question?