SAVE THE DATE
Vendredi 28 juin 2024, 18:30-22:00
ICE FOCUS, Laurence Piaget-Dubuis, expo photos 10 years 2014-2024, Le coin vinyles, Martigny, VS, CH. Entrée libre.


Programme
28.06.24
FOCUS ICE, LAURENCE PIAGET-DUBUIS
EXPO PHOTOS 10 YEARS 2014-2024
LE COIN VINYLES, MARTIGNY

18:30 ACCUEIL
19:00 AVEC LES REGARDS DE MARTA SPAGNOLELLO ET FIONA MORANDINI 
19:30 LECTURE 
20:30 MUSIQUE SUR LES PLATINES VINYLES, MATHIEU POLLI 
22:00 FIN

ENTRÉE LIBRE
BOISSONS
SNACKS

05/07/2014-05/07/2024
Dix ans! Le 5 juillet 2014, la boussole de mon destin retrouve son nord: le glacier du Rhône, VS, CH. Le «point fixe vers lequel convergent les rayons lumineux venant de l’infini». Totalement bouleversée par cette vision du glacier bâché pour protéger l’activité touristique de sa fonte…, je traverse une puissante euphorie face à ce tableau de «nature morte» et comprends que je peux mettre ma pratique d’artiste au service de l’environnement et articuler mon engagement autour du bien commun. Fond et forme convergent en ce moment précis de mon existence. Lui donnant un focus fort: les glaciers et le climat, mais surtout le sens que je recherchais depuis des années dans l’exercice de ma pratique d’artiste visuelle et de graphiste professionnelle privilégiant «ce qui ne se voit pas». Je réalise alors la série de photos: Le glacier des réfugiés. Série fantomatique qui a été publiée à travers le monde et dans de nombreux médias et qui sera suivie d’autres séries et projets.

Si cet épisode marque une (re)naissance, ma vie a toujours côtoyé la neige et les glaciers des Alpes. Depuis l’enfance, je suis fascinée et ma 1re photographie de glacier, à l’aide d’un Instamatic Kodak, date de mes huit ans! Les archives familiales recèlent de photographies où je joue dans la neige, suis à côté d’un glacier ou parcours la montagne en randonnée ou en camping avec ceux qui furent mes deuxièmes parents. J’ai appris le ski à l’école avec du matériel scolaire prêté, traversé dans des tunnels de neige la station d’Anzère où j’habitais, campé aux Grisons dans des campings alpins TCS (Touring Club Suisse), construit des tonnes d’igloos en anorak rouge et vu les tas de neige arriver jusqu’aux premières branches des platanes du Pod à la Chaux-de-Fonds où je réalisais à 15 ans l’année préparatoire d’art appliqué. La neige a toujours été présente dans le paysage, pourtant chaque année, elle se fait de plus en plus rare…

Si la neige disparaît progressivement du plateau, elle se fait aussi plus rare en altitude, révèlent les données extraites du Swiss Data Cube. La zone des «neiges éternelles», où la probabilité de chute de neige oscille entre 80% et 100%, couvrait encore 27% du territoire helvétique dans la décennie 1995-2005. Dix ans plus tard, elle s’est réduite à 23%, une perte de 2100 km2 qui représente sept fois la superficie du canton de Genève. «D’une manière générale, on observe aussi que les conditions de faible enneigement qui prévalent sur le plateau gagnent peu à peu du terrain dans le Jura et dans les Alpes, un phénomène particulièrement visible dans la Vallée du Rhône», note encore Grégory Giuliani, chercheur à l’Institut des sciences de l’environnement (ISE) de l’UNIGE et auprès du GRID-Genève. Université de Genève, 2018. ➔ En savoir +

L’année 2024, marque un anniversaire, mais surtout rend hommage au glacier du Rhône et aux autres glaciers qui disparaissent silencieusement. Ils sont la mémoire de l’humanité et plus modestement la mémoire de mon histoire. Entités que je consulte, à chaque fois que mes yeux physiques et ceux de mon âme, cherchent beauté, sérénité, recentrage, accueil, simplicité, complexité, renouveau, etc. En tant que fille des Alpes, ils font partie de mon identité et ils sont mon patrimoine au même titre que beaucoup de résident·es de l’arc alpin.

Depuis quelque temps, la prise de conscience du changement climatique mondiale et de ses effets en cascade est (presque) dans toutes les consciences. Le glacier du Rhône a contribué à élargir ma sensibilité, augmenter ma volonté à tendre vers une consommation plus responsable et à développer plus de respect envers l’environnement. Sa disparition, me confronte à ma propre mortalité humaine et contribue à révéler le potentiel de vie de mon existence. Il est l’illustration de l’interdépendance et de la relation qu’entretien le vivant humain et non-humain avec son milieu. Il nous parle du passé, du présent et d’un avenir possible à imaginer, même si le glacier du Rhône aura bientôt disparu, remplacé par la végétation alpine.

Grand-maman d’une petite fille, je ne peux qu’espérer transmettre un monde encore habitable, souhaiter préserver les formes de vie multiples qui peuplent les rivières, les forêts, les montagnes et les plaines et villes du pays et rendre sensible au moyen d’une pratique artistique, notre rapport à l’environnement. L’art est une invitation à explorer notre manière de penser le monde et l’imaginaire demeure une ressource pour renouveler la perception et les usages d’un territoire.

Laurence Piaget-Dubuis